Mise en œuvre de l’inclusion scolaire en Suisse

Mise en oeuvre de l'inclusion au sein des écoles suisses - où en sommes-nous?

En Suisse, les bases légales de l’école inclusive et/ou intégrative sont définies par la loi fédérale sur l’égalité pour les personnes handicapées, la Convention relative aux droits des personnes handicapées, la Convention relative aux droits des enfants, ainsi que la Déclaration de Salamanque, les lois cantonales sur l’école obligatoire et les concepts cantonaux de pédagogie spécialisée.

Dans de nombreux pays, hormis la Suisse, la distinction entre l’école inclusive et l’école intégrative repose davantage sur un débat d’ordre idéologique. De manière générale, la Suisse considère l’école inclusive comme indissociable de l’école intégrative. Par ailleurs, le principe de subsidiarité, en ce qui concerne la pédagogie spécialisée, s’applique de façon distincte; en matière d’éducation, l’autorité relève de la souveraineté cantonale. C’est pourquoi il est très difficile d’obtenir une vue d’ensemble à l’échelle nationale des données relatives à l’inclusion.

En Suisse, l’école intégrative s’appuie sur une vision élargie du concept de l’inclusion, qui tient compte d’un système dual de l’école inclusive 1. En d’autres mots, tous les enfants fréquentent la même école, dans la mesure où leurs capacités et leurs possibilités de développement le leur permettent. Par ailleurs, des écoles spécialisées existent pour les enfants ayant des besoins éducatifs spéciaux. Les lois mentionnées ci-dessus constituent la base de ce système dual, et favorisent l’école intégrative dans la mesure où l’enfant est apte à participer aux activités de la classe et qu’il peut bénéficier d’un soutien adapté à ses besoins. Lorsque ces conditions ne peuvent être assurées dans le contexte de l’école intégrative, un autre environnement devra lui être proposé. La gratuité du système scolaire suisse garantit à chaque enfant l’accès à l’école obligatoire, indépendamment des besoins éducatifs spécialisés devant être pris en compte, ou de l’école devant être privilégiée, qu’il s’agisse de l’école intégrative ou de l’école spécialisée.

L’école intégrative à tous les échelons

1.    Les cantons

En principe, la mise en place de l’école intégrative doit pouvoir être assurée dans tous les cantons. Cependant, aucune étude comparative permettant d’obtenir des données sur la mise en place de telles écoles n’a encore été effectuée à l’échelle nationale. D’une part, cette mise en œuvre est un processus continu; d’autre part, le degré d’inclusion doit pouvoir être évalué à partir de critères pouvant être appliqués de manière uniforme, ce qui est à peine réalisable.

2.    Le milieu scolaire

Les premières études scientifiques démontrent que l’école intégrative présente de nombreux avantages pour les enfants ayant des besoins pédagogiques spéciaux, et aucun désavantage pour le reste des élèves. Ce constat vaut autant pour les élèves présentant un handicap d’ordre cognitif, physique ou sensoriel que pour ceux ayant des difficultés d’ordre émotif ou social 2,3.

Les entretiens, auxquels participent l’enfant, les parents, l’enseignant ainsi que dans certains cas une psychologue scolaire, permettent d’établir si l’enfant présente des besoins particuliers, et si ce soutien peut être pris en charge en milieu scolaire intégratif. Par ailleurs, la Procédure d’évaluation standardisée (PES), ou tout autre instrument similaire, permettra de déterminer l’approche la plus appropriée lorsque se présentent des questions complexes nécessitant des mesures renforcées.

La question centrale consiste à déterminer à qui revient la décision de l’école que fréquentera l’enfant, et comment l’avis des différents intervenants est pris en compte, processus pris en charge par les autorités. En général, la décision est prise d’un commun accord, les intérêts de l’enfant étant au centre des préoccupations (en conformité avec la Convention relatives aux droits de l’enfant). Par ailleurs, depuis l’entrée en vigueur de la loi sur l’égalité pour les personnes handicapées, de plus en plus d’enfants fréquentent l’école intégrative. Cela ne signifie toutefois pas pour autant que le nombre d’enfants présentant des besoins pédagogiques spéciaux ait diminué dans la même mesure.

Les enseignants jouent un rôle de premier rang dans la réussite de l'école intégrative.

Au quotidien, les enseignants et pédagogues spécialisés travaillent en étroite collaboration. Cette nouvelle forme de coopération exige beaucoup de flexibilité de la part des tous les participants. En général, les écoles publiques ont élaboré des concepts favorisant l’éducation intégrative ainsi que la collaboration entre enseignants et pédagogues spécialisés. « Ici nous cheminons ensemble », voici comment cette approche pourrait être résumée. L’école doit disposer du temps et des ressources humaines nécessaires afin de pouvoir assurer la coordination et la collaboration entre enseignants et pédagogues spécialisés. Les spécialistes doivent pouvoir se rencontrer sur une base régulière, ainsi que prévoir des séances d’intervision, voire de supervision.

La réussite de l’école intégrative dépend en grande partie de l’attitude dont font preuve la direction de l’école ainsi que les enseignants. Cependant, les attitudes ne peuvent pas être imposées. Les membres du personnel de l’école doivent pouvoir disposer de suffisamment de temps pour réfléchir et discuter de l’attitude qu’ils souhaitent adopter à cet égard 4
Il arrive parfois que l’enfant et ses parents souhaitent un contexte scolaire différent; les autorités sont alors en charge de prendre la décision, en conformité avec les directives cantonales. Un arrêt fédéral a été rendu dans une situation spécifique opposant école et parents. Dans ce cas, le tribunal fédéral a soutenu le canton qui avait adopté les bonnes mesures en matière d’école inclusive (ATF 138 I 162, 13 avril 2012).

3.    L’enseignement

Les enseignants en charge d’une classe hétérogène ont besoin de maîtriser les instruments didactiques et méthodiques leur permettant d’assurer un enseignement intégratif. En ce sens, la formation des enseignants devrait davantage tenir compte de ces aspects.

4.    La formation des enseignants

Les programmes d’études destinés à la formation des enseignants de l’école primaire et des pédagogues spécialisés doivent tenir compte de ces exigences, c’est-à-dire offrir un enseignement portant sur les instruments didactiques et méthodiques. Par ailleurs, une bonne coopération entre les responsables de formation des enseignants et des pédagogues spécialisés ne peut être que bénéfique pour tous les intervenants.

Texte : Gabriele E. Rauser, directrice Integras, Association professionnelle pour l’éducation sociale et la pédagogie spécialisée – 02/2017
Traduction : MyH – 04/2017

1. Speck, Otto (2016): Was ist ein inklusives Schulsystem? Vierteljahresschrift für Heilpädagogik und ihre Nachbargebiete, 85. Jahrgang, Ausgabe 3/2016, München (en allemand seulement)
2. „Schulische Integration Daten, Fakten und Positionen“, HfH Dr. Steff Aellig und Prof. Dr. Josef Steppacher, Zürich 01.11.2016 (en allemand seulement)
3. „Schülerinnen und Schüler mit Verhaltensstörungen erfolgreich in die Schule integrieren“, Margarethe Florin, Annette Lütolf, Angela Wyder, HfH Forschung, Band 41, Heft 1, 2015 (en allemand seulement)
4. „Rolle der Schulleitung im integrativen Setting, Schweizerische Zeitschrift für Heilpädagogik“, SZH, November-Dezember 2016, Nr. 11-12 (en allemand seulement)

Vous avez des questions? N'hésitez pas à poser vos questions sur notre forum!