La course à pied, une passion malgré le handicap

Loïc et la flamme de Special Olympics

Partie le 13 mai de Berne, la flamme de Special Olympics est arrivée le 24 mai à Genève pour la cérémonie d’ouverture des National Summer Games 2018. Loïc a pu courir avec la flamme pendant de nombreux kilomètres.

Durant son voyage, il a également participé à 3 courses de soutien des 50 ans de Special Olympics en famille, avec son frère et sa maman. Le jeune homme de 16 ans a aussi participé aux National Games, de la cérémonie d’ouverture à celle de fermeture, en passant par les compétitions avec des athlètes étrangers. Loïc adore la course à pied. Comme de nombreux adolescents d’ailleurs, à une différence près: il souffre d’une dyspraxie. Cette maladie se manifeste par des troubles de la coordination des membres. Cela ne l’empêche pas d’avoir des objectifs et du plaisir lorsqu’il court. MyHandicap (MyH) lui a posé quelques questions.

MyH: Comment vas-tu? As-tu passé de belles vacances reposantes?

Je vais bien, merci. Oui, j’ai passé de bonnes vacances, mais reposantes n’est jamais le bon qualificatif. Le temps passe toujours très vite et j’ai toujours envie d’en profiter un maximum. Je m’intéresse à tellement de choses que je n’arrive jamais à tout faire.

MyH: Est-ce que tu continues à t’entraîner durant tes vacances?

Oui, bien sûr! Pour le plaisir, sans pression aucune, juste par envie. Et d’ailleurs, il nous est devenu impossible de nous balader sans courir un petit bout sur le trajet. Les gens qui nous accompagnent parfois le savent et ne se font plus de souci. Avant de démarrer, nous disons simplement «j’ai un petit coup de fou» et, en général, plusieurs personnes parmi nous détalent en même temps pour un trajet à plus grande vitesse. Ensuite, nous attendons celles qui n’ont pas suivi et reprenons notre marche ensemble.

 

Loïc court avec la flamme de Special Olympics

MyH: As-tu participé à de nouvelles compétitions depuis les courses de soutien de Special Olympics, durant le voyage de la flamme olympique, de Berne à Genève, et les National Games qui en ont suivis?

Après des mois d’entraînement intensif et les compétitions du mois de mai où j’ai obtenu de très bons résultats, j’ai enfin pu me reposer, car il n’y a que peu de compétitions en été. Les courses ont repris en septembre et mon premier challenge s’est déroulé le 22 septembre avec les Regional Games de Special Olympics, à Rapperswil. C’est une compétition regroupant différents sports comme l’athlétisme, le basket, la boccia et le tennis de table. En athlétisme, chaque candidat pouvait choisir trois disciplines au moment de s’inscrire. Pour ma part, j’ai choisi le 100 m et le 400 m et le 1500 m. 

Le début de journée fut difficile tant au niveau physique que moral, mais j’ai terminé à la 2ème place au 400 m. J’étais content de retrouver les sportifs suisses-allemands rencontrés aux National Games à Genève. Mon premier départ a été difficile, car ce n’était pas dans la langue habituelle et, même si je le savais, cela m’a perturbé. J’ai adoré les quelques contacts avec les athlètes et les coaches qui sont venus vers moi. Heureusement qu’il y avait ma traductrice de maman. C’était chouette, et je me réjouis de les retrouver lors d’une prochaine compétition. Un coureur que j’avais dépassé est venu me féliciter. En voilà une belle leçon, non? Et lorsque je suis arrivé 2ème au 400 m (course à laquelle je voulais renoncer vu mon état physique), c’est le grand champion (Sascha, l’inégalable) qui est venu vers moi! La prochaine fois, c’est moi qui irai vers eux et d’ici là, j’aurai appris les bons mots dans leur langue! Je tiens à remercier Special Olympics pour tout cela. 

MyH: Parle-nous un peu de ta maladie. La course à pied t’aide-t-elle à l’apprivoiser, l’accepter? Te sens-tu plus fort lorsque tu cours?

Je me bats sur plusieurs fronts depuis que je suis tout petit, mais j’avais laissé le sport de côté jusqu’il y a environ 3 ans. Pour ne pas me plaindre et vous faire la liste de mes soucis, je vous résume la situation en ne parlant que de ma dyspraxie sévère qui se traduit par une mauvaise coordination des membres. Depuis que ma première maîtresse m’avait demandé si j’avais du chewing-gum à la place des muscles, j’avais toujours évité de devoir me confronter aux autres, sportivement parlant. Lorsque mon école, spécialisée dans les «dys», m’a demandé de participer à une course et de m’entraîner pour cela, cela a vraiment été difficile pour moi. Comme j’en avais marre des moqueries, je me suis battu pour ne pas être le dernier. À force de m’entraîner, cela devenait moins difficile.

MyH: Penses-tu que la course à pied et le sport de manière générale soit une forme de thérapie?

Bien sûr, et pas seulement parce que tout le monde le dit. En ce qui me concerne, cela a nettement augmenté ma coordination. En préparant cette interview avec moi, ma mère avait envie que je rajoute que j’avais acquis une meilleure confiance en moi. Elle a certainement raison, mais je ne me voyais pas l’écrire comme cela, trouvant cela prétentieux. Avant de commencer à courir, j’avais reçu une étiquette de «nul» à laquelle j’avais fini par croire. La course à pied n’est pas le sport le plus facile pour un dyspraxique. Pour moi, il s’est imposé car je préférais cela à un sport de groupe. Comme ça, si je gagne, c’est grâce à moi; c’est plus facile que de me sentir «coupable» si je joue en équipe et que celle-ci a perdu. J’ai dû apprendre aussi que si mes résultats n’étaient pas au top une fois, cela pouvait arriver et qu’il fallait l’accepter.

MyH: Combien de temps investis-tu dans la course à pied?

La réponse est très variable, car comme je le disais, à la 1ère question, j’ai mille autres intérêts et il y a des choix à faire. Je dirai donc que je cours en moyenne deux fois par semaine, mais que c’est plus en période de compétition ou pour un challenge défini.

Loïc à New York

MyH: Le Marathon de New York faisait partie de tes nombreux rêves. Grâce à ta maman, tu as pu l’exaucer l’an dernier, mais sous certaines conditions: apprendre des rudiments d’anglais, t’entraîner dur pour courir une distance de 5 km, préparer ton voyage grâce à Internet, raconter ton histoire à migrosmagazine.ch et offrir aux lectrices et lecteurs de courir avec toi par procuration (en envoyant des photos par e-mail) lors de la course des 5 km précédant le marathon du 5 novembre 2017. Cette année le Marathon a lieu le 4 novembre. Te fait-il toujours autant rêver?

J’adorerais retourner à New York. Nous avons un secret projet d’y retourner et de participer à une autre course, mais cela ne sera pas pour tout de suite en tout cas.

MyH: Quels sont tes projets pour cet automne?

Avant les Regional Games à Rapperswil-Jona, nous avons participé, avec mon frère et ma mère, à la Color Run du 9 septembre à Lausanne. C’est une course de 5 km, pour le plaisir, non chronométrée. Il y a plein d’animation en route et le but c’est de profiter de tout cela et d’être heureux. Il y a des passages dans la mousse, suivis de lancers de poudre colorée, et nous finissons tous multicolores. Une fête avec de la musique est organisée à l’arrivée, avec à nouveau plein de poudre volante. Nous avons vraiment adoré cette journée. Les organisateurs de cette course soutiennent l’association handi-capable. Chaque année, pour se battre contre les préjugés liés au handicap, la première ligne de départ est réservée à toutes celles et ceux qui travaillent au quotidien pour que chacun puisse avoir une place dans ce monde malgré leur différence.

Ce n’est pas tout à fait dans le sujet de mes projets d’automne, mais j’aimerais vous parler un peu plus de l’association handi-capable qui organise aussi le handi-challenge. En mai 2017 et 2018, deux magnifiques journées de courses pour les personnes en situation de handicap ont eu lieu, à Lausanne et en différentes catégories (joëllette 5,5 km; fauteuil roulant 300 m ou 1500 m; fauteuil électrique 200 m; course avec aide technique à la marche 50 m ou 100 m; ou encore sur 2 pieds sur 2 km). J’espère qu’une nouvelle édition aura lieu en 2019 et qu’il y aura beaucoup de nouveaux participants! Pas trop pour la catégorie 2 km, car je n’aimerais pas perdre mon titre de gagnant des deux précédentes éditions ;-) ! Vous comprendrez plus loin pourquoi j’admire celles et ceux pour qui se déplacer n’est pas une évidence... 

Le 17 novembre, il y aura la corrida bulloise, d’une distance de 1100 m, toujours avec Special Olympics. L’année dernière, j’y avais participé mais je n’étais arrivé que 4ème. D’abord parce que je m’étais surtout entraîné pour les 5 km (pour la course de New York), mais surtout car ce devait être une course annoncée en deux tours et qu’il n’y en a eu qu’un seul. Quand je l’ai réalisé, c’était trop tard pour augmenter le rythme... Cela m’avait vraiment énervé et c’est pourquoi j’espère prendre ma revanche cette année!

Le samedi suivant, le 24 novembre, il y aura la course des Pavés, à La Neuveville. Ce sera la 3ème année que les organisateurs ont introduit une catégorie «mérite +», d’une longueur de 1100 m. Et pour la 3ème fois, j’espère être le gagnant... C’est ma course fétiche. La première que j’aie remportée. Les organisateurs avaient même prévu un «special training» (découvrez l’histoire ici). C’est depuis cette première édition en 2016 que j’ai rejoint le CEP de Cortaillod pour m’entraîner, une fois par semaine. 

MyH: Qu’aimerais-tu recommander aux enfants et adolescents qui sont en situation de handicap?

J’ai envie de vous répondre en parlant de mon frère puisque je vous ai déjà parlé de mon histoire; ce d’autant plus que la sienne est très impressionnante. Ce qu’il faut savoir, c’est que les médecins avaient expliqué à nos parents que leur enfant ne marcherait jamais et qu’il passerait sa vie à contempler le monde sans y prendre part.

Dans le domaine du handicap, certains sont touchés physiquement, d’autres mentalement. Mon frère cumulait les atteintes. Non seulement il a pu marcher, même si cela a été long, mais il court aussi. Bien qu’il ne parle pas (encore?!), il est capable de nous faire rire grâce aux autres moyens de communication qu’il a appris. 

La règle de base est de croire en soi. Et vous, les parents, de croire en vos enfants! Si vous pensez que les thérapies n’aident pas, elles n’auront pas les mêmes effets que si vous voulez qu’elles changent les choses et que vous vous appliquez pour cela. Après, il faut se fixer des objectifs réalisables. Chacun a ses limites, mais souvent, le travail permet de les repousser. Et il est prouvé que le sport, à la mesure de chacun, permet de mieux se développer, tant dans son corps que dans sa tête.

Merci beaucoup à Loïc et à sa maman d’avoir pris le temps de répondre à nos questions. Bonne continuation!

Interview: rédaction MyH 10/18
Photos: Samantha

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