Cybathlon: test d’essai concluant

Des athlètes amputés du bras sont équipés d’une prothèse du bras activée afin de pouvoir effectuer des tâches du quotidien le plus rapidement possible. (Photo: EPF Zurich / Alessandro Della Bella)

A l’automne 2016, Zurich sera l’hôte du premier Cybathlon, unique événement sportif auquel des personnes handicapées du monde entier prendront part à des compétitions, à l’aide des technologies d’assistance les plus récentes. L’EPFZ a accueilli 30 équipes provenant de 15 pays pour participer à un test d’essai qui a eu lieu à la Swiss Arena de Kloten.

Couper une tranche de pain pour le petit-déjeuner, se verser une tasse de café et s’installer à table, cela fait partie du quotidien de bien nombreuses personnes. Toutefois, pour les personnes à mobilité réduite ou amputées d’un membre, ces petits gestes sont loin d’être une évidence, et ne peuvent souvent être accomplis sans aide externe. Selon l’OMS, environ 15% de la population mondiale est touchée par une situation de handicap physique à divers degrés. Pour surmonter les obstacles du quotidien, de nombreuses personnes handicapées dépendent de systèmes d’assistance. C’est ici qu’intervient le Cybathlon, dont l’objectif est de promouvoir le développement de tels systèmes dans un environnement amusant et compétitif.

Les obstacles de la vie quotidienne comme point de départ

Contrairement à des événements tels que les Jeux paralympiques, le Cybathlon s’adresse aux personnes handicapées non-athlètes. Les divers parcours sont conçus intentionnellement autour de tâches qui font partie du quotidien.

«Dans certains domaines, la technologie est déjà très avancée», explique Robert Riener,  professeur à l’EPF de Zurich et initiateur du Cybathlon. «Toutefois, si ces technologies devaient être jugées en fonction de leur aptitude à être utilisées au quotidien, il apparaît évident que la recherche a encore un long chemin à parcourir».

Soutenir les équipes et ravir les spectateurs

Cet essai fût une réussite absolue, non seulement pour les participants, mais également pour les organisateurs de l’événement; en effet, ceux-ci ont pu découvrir ce qui fonctionne, et ce qui peut encore être amélioré d’ici 2016. Ils ont porté une attention particulière à la structure du parcours:

Les tâches à accomplir doivent avoir un lien avec les activités du quotidien, elles doivent représenter un défi pour les équipes participantes et offrir au public un spectacle captivant. Parmi les six disciplines, de nombreuses différences ont été constatées. Entre autres, le parcours d’obstacles pour les prothèses motorisées de bras ou de jambes a pu être complété avec facilité et rapidité. Les «pilotes» ont pu se maintenir en équilibre sur des poutres ou mettre la table pour le petit-déjeuner.

Cependant, les épreuves pour fauteuils roulant ont révélé certaines difficultés : aucune des quatre équipes n’a été en mesure de relever tous les obstacles, et un seul fauteuil roulant a réussi à monter les marches. De nombreux prototypes présentent un «syndrome du savant», c’est-à-dire qu’ils peuvent relever une des six tâches avec beaucoup d’efficacité, mais pourraient encore faire l’objet d’améliorations pour les autres épreuves.

Les courses automobiles d’une autre façon: des pilotes paralysés dirige leur véhicule grâce à un avatar (Brain Computer Interface, BCI). (Photo: EPF Zurich / Alessandro Della Bella)

Equilibre entre coopération et compétition

Les participants ont beaucoup apprécié partager leur expérience avec les techniciens et groupes de recherche. «Le test d’essai du Cybathlon nous a donné la chance unique de discuter avec d’autres chercheurs de point d’intérêts communs et d’éventuels projets de coopération», explique Matjaz Mihelj, de l’Université de Ljubljana en Slovénie.

Mais le Cybathlon reste d’abord et avant tout une compétition. Entre le partage d’expérience et la poursuite d’un même objectif, c’est-à-dire de proposer à l’avenir de meilleures technologies d’assistance aux personnes handicapées, l’aspect compétitif de l’événement était bien perceptible. Luca Tonin, de l’Université de Padoue en Italie, insiste d’ailleurs sur l’importance de cette motivation réciproque: «Je crois fermement que le Cybathlon peut encourager les fournisseurs de technologies à développer de nouvelles solutions, et ainsi à franchir de nouvelles étapes dans ce domaine de recherche».

Ironiquement, les obstacles d’ordre architectural présents dans le stade ont fait prendre conscience aux organisateurs et aux participants que le combat doit être mené sur deux fronts: «D’une part, nous, les chercheurs, devons faire avancer la technologie, mais la société en général doit aussi faire en sorte d’éliminer les obstacles techniques et architecturaux», soutient Robert Riener.

Les préparatifs pour le Cybathlon 2016 vont bon train

Environ trois quarts des équipes déjà inscrites pour le Cybathlon proviennent de laboratoires de recherche. Ces équipes travailleront à améliorer leurs prototypes au cours des 14 prochains mois. «Les appareils mis à l’épreuve lors du test d’essai sont à la fine pointe de la technologie; de toute évidence, la compétition qui aura lieu l’année prochaine sera déterminante pour les chercheurs travaillant dans le domaine des technologies d’assistance», prévoit Matjaz Mihelj. Mais le test d’essai a également démontré que ces technologies ne peuvent être utilisées par des pilotes non expérimentés. Il sera intéressant de voir quelles idées les équipes nous présenteront lors du Cybathlon 2016.

Texte : EPF Zurich – 08/2015
Traduction : MyH – 08/2015

 

 

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