Solidarité envers les plus démunis

Changement de paradigme: solidarité au lieu de méfiance. (Photo: Pixabay)
Changement de paradigme: solidarité au lieu de méfiance. (Photo: Pixabay)

La surpopulation, les abus du système d’asile, ou encore les fraudeurs de l’AI (les soi-disant «pauvres prospères», qui entraînent les communes au bord de la faillite): voilà des sujets qui font, trop souvent encore, les manchettes, en plus de diviser la société. De quoi menacer la paix sociale.

Les abus en matière d’assurance-invalidité sont avérés. En 2013, l’AI a pu démontré une obtention frauduleuse de prestations dans 570 cas (sur un total de 2540 évaluations complétées). Ainsi, le millionnaire qui bénéficie de prestations complémentaires existe bel et bien. Des prestataires de l’aide sociale, qui profitent des ressources limitées des petites communes, ou encore les réfugiés ou requérants d’asile, qui ne sont pas en danger de mort mais qui néanmoins quittent leur pays pour venir s’établir en Suisse, cela existe aussi. Et oui, il est vrai que l’espace, en Suisse, devient petit à petit une denrée rare. Chaque année, l’immigration bat des records, et la population augmente à grande vitesse.

Rétablir les faits

Bien sûr, il ne faudrait pas minimiser de tels problèmes. Il apparaît évident que l’assurance-invalidité fait face à un endettement très élevé, que les prestations de l’AI ont subi une forte hausse au cours des dernières années pour atteindre en 2013 un record de 4.5 milliards de francs. Les coûts liés à l’aide sociale ont aussi fortement augmenté. Et au cours du troisième semestre de 2014, près de 8000 personnes ont déposé une demande d’asile en Suisse, tandis que des dizaines de milliers d’immigrants sont arrivés au pays au cours de l’année.

Prendre connaissance de ces faits est une chose, éviter une généralisation en est une autre. En effet, il ne serait pas approprié de succomber au discours de la droite, qui voudrait bien nous faire croire que derrière chaque bénéficiaire de l’AI, requérant d’asile, ou chômeur se cache un fraudeur, et derrière chaque immigrant un rival éventuel pour les places de travail. Au contraire, il vaudrait mieux mettre un frein à de telles présomptions et faire usage de discernement. Car en effet:

  • Des fraudeurs, il y en a partout, dans tous les domaines, de toutes les catégories d’âge et dans toutes les classes sociales. Il existe aussi des personnes qui profitent sans scrupule de prestations de l’AI, ce qui est fort répréhensible. Cependant, il est tout aussi répréhensible de mettre les milliers de personnes handicapées dans le même panier. Il est difficile de comprendre pourquoi les cas de fraude de l’AI font les manchettes alors que les coupes budgétaires et la réduction, voire l’élimination, des rentes de l’AI pour les bénéficiaires qui en ont réellement besoin ne reçoivent que peu d’écho.
  • Les récentes statistiques fédérales révèlent que 257 000 personnes nécessitent un soutien de l’aide sociale. Ce nombre augmente d’année en année, ainsi que la durée d’attribution des prestations. Bien que cela ne soit pas démontré, on serait porté à croire que ces nombres élevés seraient dus au fait que de moins en moins de personnes handicapées reçoivent une rente AI et doivent s’adresser aux services sociaux.
  • Bien que la Suisse soit le pays le plus riche du monde, de nombreuses personnes vivent encore sous le seuil de la pauvreté. Parmi elles, des centaines de milliers de personnes n’arrivent à joindre les deux bouts que grâce aux prestations complémentaires. Plutôt que de se concentrer sur les quelques individus qui ont financé l’achat de leur maison avec leur fond de pension pour ensuite se retrouver en situation de détresse, il vaudrait mieux s’attarder à trouver des solutions aux problèmes de pauvreté  dont souffrent en particulier les personnes âgées, bien qu’elles aient travaillé toute leur vie. En effet, la pauvreté des personnes âgées est un problème bien réel.
  • Plus que tout autre pays, la Suisse a su tirer avantage de l’immigration et de la libre-circulation des personnes. Diverses études font état de recettes supplémentaires pour l’Etat allant jusqu’à 11 milliards de francs annuellement. Mais notre pays ne profite pas uniquement de l’effet économique. Cependant, là où l’ouverture d’esprit, la tolérance et la gratitude seraient souhaitables, on constate encore trop souvent l’isolement et le repli sur soi. Qu’il s’agisse du gérant allemand, de l’aide-infirmier roumain, du poseur de fenêtre polonais ou du requérant d’asile syrien, tous sont considérés comme une menace… ils nous prennent notre travail, ils ignorent notre culture, ne veulent que notre argent.
  • Avec une telle mentalité, on oublie la détresse et la misère dans laquelle se retrouvent de nombreuses personnes. Cette misère, qui nous est présentée tous les soirs au bulletin de nouvelles : guerre civile, terreur, chaos, anarchie, exécutions, viols, famine, sécheresse, pauvreté, sans aucune perspective d’avenir. Que l’on se sente concernés ou non, il est important de prendre conscience que les vagues d’immigration vers les pays bien nantis continueront bel et bien d’augmenter. L’écart entre les pays riches et les pays pauvres, entre la guerre et la paix, entre la famine et la satiété est encore trop vaste.

Malgré la richesse du pays et un système social solide, de tels défis nous confrontent à nos limites. Il serait naïf de croire être en mesure d’aider toutes les personnes en situation de détresse. Toutefois, une société éclairée se doit d’au moins vouloir venir en aide au plus démunis. Ne pas pouvoir mesurer l’ampleur de la misère et de la détresse ne doit pas signifier l’ignorer. Davantage de solidarité et d’engagement envers les plus faibles serait plus judicieux. Un don, même avec les meilleures intentions, ne suffit pas.

Texte: Patrick Gunti – 12/2014
Traduction: MyH – 01/2015
Photos: Pixabay / pixelio.de

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