L’assistance au suicide et les soins palliatifs en Suisse

Un ciel ennuagé, traversé par les rayons du soleil. (Photo: joujou /pixelio.de)
Les soins palliatifs et le suicide assisté permettent davantage d’auto-détermination, c’est-à-dire de pouvoir déterminer les soins et les traitements de fin de vie. (Photo: joujou / pixelio.de)

«La mort fait partie de la vie»: voilà qui est facile à dire. Toutefois, d’accepter ce qui est inévitable l’est peut-être moins. En Suisse, la possibilité de déterminer soi-même, dans une large mesure, les traitements ou l’accompagnement de fin de vie, voire de décider le moment de fin de vie, peut avoir une grande influence sur ces processus.

De nos jours, les soins palliatifs et l’accompagnement en fin de vie sont de plus en plus au centre de nos préoccupations, par exemple en cas de maladies ou handicaps graves et incurables, ou au regard du vieillissement de la population.

En Suisse, les directives relatives au suicide assisté sont plus libérales que dans presque aucun autre pays, et un nombre grandissant de personnes y fait appel. EXIT, l’association suisse pour le droit de mourir dans la dignité, compte aujourd’hui 73 000 membres, c’est-à-dire 40% de plus qu’il y a cinq ans. En 2013, 459 personnes ont choisi le suicide assisté, 100 de plus que l’année précédente.

Assistance au suicide

Lorsqu’une personne fait le choix d’une telle option, un assistant effectue d’abord les vérifications nécessaires et assiste la personne à se procurer une ordonnance pour un médicament anesthésiant. Celui-ci n’est disponible que sur ordonnance médicale, ce qui nécessite obligatoirement qu’un médecin participe aux processus de vérification.

Le suicide assisté a pour condition que le patient doit pouvoir effectuer le dernier pas lui-même, c’est-à-dire de porter lui-même à sa bouche le verre d’eau dans lequel a été dissous le médicament, et qu’il possède encore toute sa capacité de discernement. Cette forme d’accompagnement, considérée comme une assistance au suicide, n’est pas passible de sanction (art. 115 du Code pénal), en autant que tout motif d’assistance de nature égoïste soit exclu.

L’assistance active au suicide interdite

En revanche, toute assistance active, qui reviendrait à un homicide dans le but de réduire la souffrance d’autrui, est punissable par la loi. L’assistance indirecte au suicide, quant à elle, n’est pas explicitement réglementée; celle-ci consiste à administrer des médicaments pour alléger la souffrance, mais qui ont pour effet secondaire de réduire l’espérance de vie. L’assistance passive, c’est-à-dire le renoncement ou l’interruption de médicaments ou de traitements, n’est pas non plus réglementée, mais est considérée au même titre que l’assistance indirecte.

Une patiente âgée est alitée. En premier plan, un formulaire de directives anticipées. (Photo: Bernd Kasper / pixelio.de)
Les directives anticipées permettent de clarifier les questions relatives aux traitements en fin de vie. (Photo: Bernd Kasper / pixelio.de)

Les soins palliatifs

Ces formes d’assistance dont les directives ne sont pas clairement définies, telles que mentionnées ci-dessus, jouent un rôle important dans le concept des soins palliatifs. En effet, pour les personnes travaillant dans le domaine de la médecine palliative, les soins et l’accompagnement aux mourants se situent souvent dans une zone limite; en cas de situations extrêmes, elles doivent souvent faire la distinction, voire prendre une décision, non seulement entre la vie et la mort, mais aussi entre la souffrance et la délivrance.

C’est pourquoi l’assistance au suicide est un aspect important du concept relatif aux soins palliatifs. Pour l’OMS (l’organisation mondiale de la santé), les soins palliatifs «cherchent à améliorer la qualité de vie des patients et de leur famille, face aux conséquences d’une maladie potentiellement mortelle, par la prévention et le soulagement de la souffrance, identifiée précocement et évaluée avec précision, ou par le traitement de la douleur et des autres problèmes physiques, psychologiques et spirituels qui lui sont liés.»

Qualité de vie dans les derniers mois de vie

La Société suisse de médecine et de soins palliatifs est d’avis que les soins palliatifs doivent être intégrés suffisamment tôt dans les mesures médicales, c’est-à-dire pour compléter les mesures relatives aux soins et à la réhabilitation. Les soins palliatifs interviennent à partir du moment où la guérison de la maladie n’est plus envisageable et ne constitue plus l’objectif principal des démarches. Dans cette phase finale de la vie, l’accent est mis davantage sur la qualité de vie et sur le soutien des patients et de leurs proches. Des traitements adéquats sont élaborés pour s’assurer, autant que possible, que les derniers mois de vie puissent être vécus sans douleur. Les patients ne doivent plus craindre les douleurs insupportables.

Le concept relatif aux soins palliatifs est basé sur un consensus international:
-    soulagement des douleurs et autres symptômes gênants,
-    mise sur pied d’un système de soutien ayant pour but de permettre au patient de mener un vie active jusqu’à sa mort,
-    prise en compte des aspects psychiques et spirituels.

Les soins palliatifs:       
-    ne consistent pas à précipiter ni à retarder le moment de la mort,
-    soutiennent la vie et considère la mort comme un processus normal,
-    soutiennent les proches dans leur approche de la maladie du patient et leur travail de deuil
-    sont un travail d'équipe afin de répondre le mieux possible aux besoins des patients et des familles
-    peuvent  intervenir à un stade précoce de l'évolution de la maladie, en complément aux mesures curatives telles que chimiothérapie ou radiothérapie par exemple.

Les soins palliatifs gagnent en importance

Au regard du besoin d’auto-détermination et du vieillissement de la population, les soins palliatifs ont beaucoup gagné en importance au cours des dernières années. Bien qu’elles soient encore insuffisantes, de plus en plus d’offres sont disponibles, et les cantons travaillent depuis plusieurs années à élaborer une stratégie nationale. Celle-ci en est dans sa deuxième phase, et a pour but d’améliorer l’intégration des soins palliatifs dans les structures existantes des systèmes de santé et d’éducation.

Texte: Patrick Gunti – 07/2014
Traduction: MyH – 10/14
Photos: pixelio.de

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