Mon ami, l’aide-soignant

Un soignant soutient le haut du corps d'un homme âgé. (Photo: Gerda Mahmens/pixelio.de)
Le soin des personnes handicapées est exigeant sur le plan physique comme sur le plan psychique. (Photo: Gerda Mahmens/pixelio.de)

Les personnes dont la profession consiste à soigner d’autres personnes sont souvent confrontées à d’importants efforts, non seulement de nature physique mais également psychique.

Les soins prodigués aux personnes souffrant d’un handicap lourd constituent un travail extrêmement exigeant. D’abord, parce que les tâches liées aux soins sont exigeantes physiquement et doivent souvent être exécutées dans un court laps de temps. Aussi, les diverses organisations déplorent un manque criant de ressources financières.

En outre, la profession soignante est très exigeante sur le plan psychique. Une étude réalisée par l’Institut de recherche économique et sociale (WSI en Allemagne) révèle l’ampleur de ce phénomène.

Tous ces éléments contribuent à une charge élevée auprès du personnel soignant. Cela s’ajoute au faite que la profession attire de moins en moins de personnes intéressées et que l’on constate un manque de personnel soignant. Le stress d’ordre psychique, auquel sont soumis de nombreux soignants, est lié en partie à la proximité constante de personnes qui n’ont pas été épargnées par les épreuves de la vie, et aussi à la difficulté de séparer la vie privée de la vie professionnelle.

Les soins aux personnes handicapées, un travail exigeant

Le travail quotidien auprès des personnes handicapées requiert d’énormes efforts sur le plan physique, et s’effectue dans une grande proximité quasi intime entre le soignant et le patient. La frontière entre la vie privée et la vie professionnelle est parfois difficile à distinguer. Cette difficulté peut-elle être évitée? Comment les soignants peuvent-ils parvenir à laisser leur travail derrière eux lorsqu’ils ont terminé leur journée de travail, et maintenir la distance professionnelle tout en garantissant une proximité intime?

En tant qu’aide-infirmier, Thomas Bentz est familier avec de telles difficultés. «Le travail auprès de personnes handicapées ou malades est exigeant, non seulement sur le plan physique, mais également sur le plan psychique. Par exemple, lorsque le patient ne se porte pas bien, lorsque des tâches s’imposent qui vont au-delà des efforts normalement requis, ou lorsque le soignant a des problèmes personnels. C’est pourquoi il est important pour chacun de savoir comment «décrocher» lorsqu’il rentre chez lui. Selon la situation, cela fonctionne bien, d’autres fois, pas du tout», raconte-il.

Entre distance et proximité: exercice de corde raide

Brigitte Urban-Appelt en sait aussi quelque chose. En tant qu’infirmière avec une formation supplémentaire, elle enseigne aujourd’hui aux futurs aides-soignants. Elle considère que la séparation entre la vie privée et la vie professionnelle est essentielle pour le maintien de la performance, l’objectivité et la créativité.

En particulier pour les débutants, il est important de veiller à ce qu’ils n’effectuent pas de tâches supplémentaires.

Plus tard, cela peut toutefois devenir un problème, les difficultés finissent par trouver leur chemin au sein de la vie privée. La proximité, qui naît des soins effectués au quotidien, fait surgir un sentiment d’empathie. De là, il n’y a qu’un pas à franchir pour que celui-ci  intègre la sphère privée.

Thomas Betz, aide-soignant, accompagne un patient en fauteuil roulant sur une plage de sable. (Photo: Häusliche Intensiv Pflege Tamme)
Accompagnement dans les vacances : les aides-soignants passent souvent plus de temps auprès de leurs patients que de leur conjoint. (Photo: Häusliche Intensiv Pflege Tamme)

Les aides-soignants sont particulièrement concernés

Thomas Bentz tout comme Brigitte Urban-Appelt considèrent que le défi relatif à la distance professionnelle a lieu surtout dans le domaine ambulatoire. En effet, le domaine stationnaire pratique une répartition des tâches, ce qui ne peut toujours être maintenu dans les services ambulatoires.

Selon Thomas Betz: «Le séjour d’un patient, en clinique, est normalement de courte durée. Par contre, certains des patients que j’accompagne aux soins intensifs y sont depuis déjà cinq ans. La relation entre patient et soignant change énormément. Il peut être très difficile d’établir une frontière entre le privé et le professionnel; en effet, de nombreuses choses relevant du domaine privé se révèlent au fil du temps, qu’on le veuille ou non.»

«Notre tâche ne se limite pas uniquement aux soins: nous accompagnons également nos patients en vacances, à certains événements, excursions ou auprès des autorités. Il s’établit un lien avec le patient, qui ne peut être comparé au travail en clinique. Certaines situations exigent que l’on passe plus de temps avec le patient qu’avec son propre conjoint», poursuit-il.

Pour marquer les frontières

Certains aides-soignants développent des rituels leur permettant de prendre du recul. Par exemple, lorsque Thomas Betz rentre chez lui, et qu’il salue son épouse, elle-même infirmière, les deux s’échangent quelques paroles sur leur journée. «Je vais ensuite prendre une douche. Ce geste représente pour moi le signe de démarcation entre le travail et la sphère privée», raconte-il.

Il est recommandé, pour le personnel soignant, de prendre au sérieux les symptômes tels que l’insomnie, les sautes d’humeur, l’hypertension, ou tout autre trouble d’ordre mental ou moteur.

Que faire en cas de surmenage ?

Thomas Betz souhaite aussi élargir son domaine de responsabilités et offrir des cercles de discussions, éventuellement solliciter l’appui de professionnels du milieu. Brigitte Urban-Appelt recommande également, en termes de prévention, que des formations de communications soient proposées.  

Il serait également important de poursuivre un dialogue auprès des personnes handicapées. «Il arrive toutefois que des cas surviennent où il soit impossible de séparer le privé du professionnel. Dans de tels cas, il peut s’avérer utile d’effectuer un entraînement d’autogestion ou de gestion du stress. Dans les cas extrêmes, si de telles mesures n’entraînent aucun effet, il faut peut-être considérer un changement de travail», poursuit-elle.

 
Texte: Thomas Mitterhuber – 11/2013
Traduction: MyH – 06/2014
Photos: Häusliche Intensiv Pflege Tanne, pixelio.de

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