Un village pour les personnes atteintes de démence

Vue aérienne du village en cours de planification
C’est à ceci que pourrait ressembler le village pour personnes atteintes de démence. Les bâtiments au toit rouge ont été reconstruits, tandis que d’autres ont été démolis. (Photo: Dahlia Oberaargau AG)

Suivant l’exemple de «De Hogeweyk» aux Pays-Bas, la Suisse pourrait bientôt aussi avoir son propre village pour personnes atteintes de démence, où celles-ci peuvent se déplacer librement et pratiquer leurs activités quotidiennes.

Wiedlisbach est situé dans le nord-est du canton de Berne. Cette commune compte un peu plus de 2 200 habitants. Elle est surtout réputée pour son village médiéval  bien préservé. Au cours des derniers mois, un projet particulier a fait la manchette des journaux: le foyer de Wiedlisbach (OPW), qui accueille des personnes atteintes de démence, pourrait être transformé en village, suivant le modèle de la communauté «De Hogeweyk» aux Pays-Bas.

Projet ambitieux

«Notre projet est ambitieux», explique Markus Vögtlin, directeur de «OPW». Ce village devrait être terminé d’ici cinq à sept ans, pour accueillir des personnes atteintes de démence et leur permettre de vivre une existence protégée du monde extérieur, au sein duquel elles ont la possibilité de poursuivre leurs activités.

Dans une phase initiale, le village pourrait accueillir 100 personnes, qui pourraient ainsi mener une existence semblable à celle d’avant la maladie. Un agrandissement du village est prévu pour une période ultérieure.   

Modèle hollandais

Le projet «De Hogeweyk», à Weesp, situé près d’Amsterdam, sert de modèle d’inspiration pour le projet suisse. Markus Vögtlin a visité les lieux et a été impressionné par ce qu’il a pu y voir. Environ 150 personnes atteintes de démence vivent dans ce village ; elles peuvent y faire leurs courses, aller chez le coiffeur, manger au restaurant ou encore participer à un après-midi de danse.

Une femme se déplace à l'aide d'un appui
Les personnes atteintes de démence font un « voyage dans le temps ». Ainsi, le village devrait être conçu de façon à correspondre à cette situation. (CFalk/pixelio.de)

Le personnel soignant fait partie de la vie du village

En tout, 240 employés veillent à ce que les résidents du village puissent mener une existence aussi normale que possible. Cependant, le personnel soignant n’est pas reconnaissable en tant que tel, mais occupe la place de vendeur, de coiffeur, ou encore de serveur de restaurant.

Le patient partage un logis pouvant accueillir de 6 à 8 personnes. Ceux-ci sont répartis sur 23 maisonnettes et unités d’habitation. Un ou deux aides-soignants, qui toutefois ne portent pas de blouse blanche, sont assignés à chacun de ces appartements. Rien ne doit rappeler le décor d’un foyer.      

Différents modes de vie

Souvent, les personnes atteintes de démence se rappellent surtout des premières périodes de leur vie. Ainsi, le village peut faire penser à des coulisses de cinéma. Il est aménagé de façon à correspondre au style de vie privilégié des patients, selon leur origine ou leur religion, du mode urbain au mode rural, chrétien jusqu’à indonésien (l’Indonésie étant une ancienne colonie hollandaise, de nombreux Hollandais sont d’origine indonésienne). Ainsi, non seulement les meubles ou objets sont choisis selon ces critères, mais également l’aménagement extérieur. 

Un voyage dans le temps

À Wiedlisbach, le village devrait aussi être en mesure d’évoquer des images qui soient familières aux personnes atteintes de démence. «Au cours de la maladie, les patients font pour ainsi dire un voyage dans le temps», poursuit Markus Vögtlin. «Nous tenons à leur offrir un milieu aussi familier que possible.» Il est convaincu des avantages: «Les patients se sentent bien, sont plus calmes et ont moins de craintes».

Affiche d'un ancien commerce de musique
Les personnes atteintes de démence font un « voyage dans le temps ». Ainsi, le village devrait être conçu de façon à correspondre à cette situation. (CFalk/pixelio.de)

Réactions positives

Le projet suscite de nombreuses réactions positives. Markus Vögtlin explique que l’idée a été accueillie à l’unanimité. La population de Wiedlisbach approuve le projet et apprécie cette initiative à l’égard de personnes atteintes de démence.  

Brigitte Martensson, directrice de l’Association suisse pour l’Alzheimer, explique au cours d’un entretien avec az-Medien: «Cette forme de vie correspond aux besoins de ces personnes de disposer d’un milieu de vie qui offre autant de liberté que possible». En même temps, ces personnes ont également besoin d’un milieu protégé.

Le canton de Berne approuve également ce projet. Dans un entretien avec le journal «Der Bund», Markus Loosli, directeur de l’Office des personnes âgées et handicapées, fait part de son enthousiasme à l’égard de ce projet.   

En Allemagne, le projet suscite des réserves

L’association allemande pour l’Alzheimer émet quelques réserves à l’égard du projet. Son porte-parole, Hans-Jürg Freter, explique que bien qu’il apprécie le développement positif des résidents de «De Hogeweyk», il préfère ne pas garder les personnes atteintes de démence dans un milieu à part. «Autant que possible, il serait préférable que ces personnes soient intégrées et puissent vivre à proximité de leur famille», poursuit-il.

En Suisse, le projet avance à grands pas. Les conditions pour la construction ont été établies au début de l’année. Une majorité des communes qui soutiennent le projet s’est prononcée pour l’intégration du projet OPW au sein du Centre «Dahlia Oberaargau AG». Ce changement de stratégie s’explique par les énormes investissements que nécessite d’une façon ou d’une autre le foyer de Wiedlisbach, les bâtiments étant déjà d’un certain âge.

L’intégration du projet OPW au sein du Centre «Dahlia Oberaargau AG» offre ainsi une possibilité d’innovation, qui a déjà suscité un grand intérêt lors de sa présentation.  

Texte: Patrick Gunti – 02/2012

Traduction: MyH - 10/2012

Photos: Dahlia Oberaargau AG / pixelio.de

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