La langue des signes: grammaire et contact initial

Une femme asiatique parle la langue des signes
Chaque pays possède sa propre langue des signes; il existe même de variétés régionales. (Photo: Wikicommons)

La langue des signes n’est pas une langue internationale

Malgré de nombreuses campagnes de sensibilisation, notamment par la Fédération suisse des Sourds, la langue des signes lutte encore, aujourd’hui, contre certains préjugés.

Deux idées reçues, entre autres, qui tiennent bon malgré tout, sont : « la langue des signes n’est pas une langue à part entière », et « la langue des signes est internationale ».

Nous savons toutefois, depuis les études du chercheur américain William C. Stokoe (premier chercheur à s’intéresser à la langue des signes américaine (ASL) au cours des années 60), que la langue des signes est une langue naturelle, qui possède ses propres règles de grammaire, ses proverbes, et même ses dialectes.

Tout comme pour les dialectes suisses, il est aussi facile de se comprendre d’un « dialecte des signes » à l’autre. Même la compréhension d’un pays à l’autre est possible.

Une langue à part entière avec ses propres règles de grammaire

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, chaque mot ne correspond pas à un geste. Aussi, les règles de grammaire propres à la langue des signes se distinguent de celles appartenant à la langue parlée.

Les adolescents sourds, tout comme leurs pairs « entendant » possèdent aussi leur jargon et considèrent la langue des signes des adultes passée de mode. Les résultats de l’étude de Stokoe, publiés en 1965 dans l’ouvrage « A Dictionary of American Sign Language on Linguistic Principles», constituent le premier ouvrage linguistique standard en la matière.

Entre temps, de nombreux livres de grammaire de différentes langues des signes ont été publiés. La langue des signes n’est pas internationale. Chaque pays, chaque région, possède sa propre langue.

En Suisse, il existe trois langues des signes: italienne, française et allemande. Cette dernière se divise encore en cinq dialectes, dont les différences sont dues principalement aux cinq écoles pour sourds et malentendants en Suisse (ZH, BE, BS, LU, SG).

La langue des signes mise au ban

Dès le milieu du 18e siècle, le courant de la pédagogie pour malentendants a donné naissance à deux méthodes très distinctes : la méthode française, basée sur l’écriture et les signes, et la méthode allemande, basée exclusivement sur l’usage de la langue parlée, et qui exigeait de savoir lire sur les lèvres. Cette méthode, qui avait pour but l’intégration totale des sourds dans le monde des entendants, avait toutefois le désavantage de privilégier une parfaite articulation plutôt que le sens réel du mot.

Ces deux méthodes, très différentes l’une de l’autre, sont à l’origine d’un conflit qui a fait l’objet du Congrès de Milan en 1880.

Lors de ce Congrès, les participants (tous entendants) ont conclu que seule la méthode orale (méthode allemande) serait maintenue dans les écoles pour sourds et malentendants, partout en Europe. Au terme de ce congrès, de nombreux pays européens interdirent la langue des signes. Seuls les Etats-Unis d’Amérique ont refusé d’approuver cette décision.

Pouce levé
« Tout va bien! » Ce geste fait partie des quelques signes que les personnes entendantes comprennent également. (Thommy Weiss/pixelio.de)

Une université en langue des signes?

Il n’est donc pas surprenant que la seule université à offrir des cours exclusivement en langue des signes se trouve aux Etats-Unis. En Allemagne, des démarches sont présentement en cours pour fonder la première université européenne en langue des signes. L’ouverture de cette université est prévue pour l’année 2013. Dans un premier temps, elle sera une université privée ; l’objectif reste toutefois d’en faire une institution nationale avec une reconnaissance à l’échelle européenne. Pendant plus de 100 ans, les sourds ont été contraints, en Europe, à s’adapter au monde entendant. La langue des signes n’a pu être développée qu’en secret. On liait les mains des enfants derrière leur dos ou on les menaçait de sévères punitions. (Un ouvrage à ce sujet, disponible en allemand seulement, a été écrit par Jutta Gstrein et publié par le VUGS : « Weisst Du noch wie es früher war ... mit den Strafen ? ». 

Ce n’est qu’à l’été 2010 que ce chapitre obscur trouve enfin un terme. Le Congrès international sur l’éducation des sourds (ICED), qui a eu lieu à Vancouver (Canada) le 20 juillet 2010, a annoncé sa décision d’annuler les résolutions adoptées lors du Congrès de Milan en 1880, pour lesquelles le congrès s’est excusé officiellement.

Reste à voir quelle influence cette décision aura sur le développement de la langue des signes. Depuis de longues années déjà, celle-ci a gagné en reconnaissance et est à nouveau de plus en plus enseignée dans les écoles pour sourds et malentendants.

Do it yourself!

Il n’est pas difficile de plonger dans la culture sourde. Tout ce qu’il faut est un peu de courage et d’information. Le mieux est de plonger dans le bain et de participer à des événements où se rencontrent des personnes sourdes ou malentendantes ainsi que d’autres personnes intéressées à la langue des signes. Il est toujours plus facile d’apprendre une langue lorsqu’on peut l’appliquer et ainsi élargir ses connaissances.

Il est aussi possible de s’inscrire à un cours de langue des signes. Ces cours sont offerts exclusivement par des personnes sourdes; un interprète est présent seulement lors des premières séances.

Texte: M. Plattner – 02/2011
Traduction: MyH - 10/2012
Photos: Wikicommons / pixelio.de

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