De l’opération à la prothèse

Christian Hartz
Christian Hartz, un des deux directeurs chez EproTec GmbH, à Berlin (C. Hartz/EproTec)

L’offre proposée par le secteur prothétique, lors du Salon international d’orthopédie et des techniques de rééducation (Orthopädie und Reha-Technik Messe) qui a eu lieu en mai 2010, était impressionnante. Comment se retrouver, en tant que novice, dans cette foule d’offres ?

Après une opération, il est normal d’avoir de plus importants soucis que de s’informer en premier lieu sur l’offre en prothèses. Cela n’est pas nécessaire non plus ; des techniciens orthopédistes sont formés spécialement pour remédier à cette situation.

Prenez par exemple Christian Hartz, un des deux directeurs chez EproTec à Berlin.

Le plus souvent, les hôpitaux travaillent de pair avec un fournisseur standard, qui ira directement chez le patient. Il est cependant possible d’opter pour un technicien orthopédiste de son choix, que l’on détienne une assurance privée ou obligatoire.

Dans le cas d’une amputation élective, c’est-à-dire une amputation pour laquelle le patient peut se préparer, certains hôpitaux permettront que le technicien orthopédiste soit présent lors de l’opération. Cette étroite coopération entre la médecine et la technique favorise l’adaptation de prothèse.

Une technicienne ajuste une prothèse.
L’ajustement de la nouvelle prothèse est effectué en plusieurs étapes. (C. Hartz/ EproTec)

Anamnèse du patient

Toute acquisition de prothèse doit commencer par un entretien personnalisé. Les possibilités ainsi que le déroulement de la procédure seront évalués lors de cette rencontre, en tenant compte de l’état actuel des techniques, ainsi que du degré de mobilité et d'activité du patient, mesuré sur une échelle de 0 à 4.Chaque élément de prothèse sera sélectionné chez le fabriquant selon le degré de mobilité du patient. Dans le cas où le patient souhaiterait un élément de prothèse correspondant à une classe de mobilité plus élevée, il devra en général en assumer les frais lui-même.

« Afin de trouver la prothèse la mieux adaptée, il est nécessaire d’effectuer un examen approfondi. Il est important d’identifier ce qui est important pour le patient », explique Christian Hartz, technicien orthopédiste.

Selon un jugement de la Cour fédérale du contentieux social (Bundessozialgericht), toute personne possède le droit à une compensation en raison de son handicap. Cependant la prothèse doit offrir des avantages fonctionnels et le patient doit être en mesure de bénéficier de ces avantages. Les conditions physiologiques et intellectuelles du patient doivent donc être évaluées au préalable.

Thérapie de compression

À la suite d’une opération, il est normal de constater un gonflement des tissus au niveau du membre. Cet œdème est une réaction normale à l’opération. Il est possible de le réduire en exerçant une pression sur le membre concerné.
Grâce à cette pression exercée sur le membre, l’œdème peut être réduit, et le membre peut être formé en vue recevoir la prothèse. Cette compression du membre peut permettre au patient d’être prêt pour la prothèse le plus rapidement possible et favorise l’adaptation de la prothèse. En outre, la compression favorise une meilleure circulation sanguine, ce qui occasionne moins de douleur et permet une meilleure cicatrisation.   
Lors de la thérapie de compression, plusieurs techniques sont utilisées. On peut soit appliquer des bandes élastiques sur le membre, porter des bas de compression, ou un bandage de silicone (tel le Silikonliner). Au fil des jours, le bandage de compression peut être porté pendant plusieurs heures, par exemple avant et après le port de la prothèse provisoire.

Prothèse provisoire

Lorsque la plaie s’est cicatrisée (entre deux semaines et trois mois suivant l’opération), la prothèse provisoire peut être préparée. Cette prothèse sera portée en général de trois à six mois ; elle a pour but de permettre au patient de s’habituer à porter une prothèse, et au membre de maintenir sa forme.      
« Ainsi, la tige peut être ajustée progressivement, tandis que les différents éléments peuvent être essayés », explique Christian Harz. « Au cours de cette phase d’essai, la forme de la prothèse sera continuellement ajustée par le technicien orthopédiste, afin que plus aucun problème d’ajustement ne subsiste avec la prothèse finale », maintient Sascha Grebestein, consultant technique chez Otto Bock.

Wekstatt EproTec
Les éléments de la prothèse sont ajustés selon le degré de mobilité du patient. (C. Hartz/EproTec)

La tige, élément déterminant

«La qualité d’une prothèse dépend de la tige! Elle doit être parfaitement ajustée à la prothèse, elle en constitue l’élément le plus important», maintient Christian Harz.

L’ajustement de la tige dépend d’abord du travail de l’orthopédiste ainsi que des conditions physiologiques du patient. «Un jeune sportif de 22 ans nécessite, pour une prothèse de jambe, une meilleure fonctionnalité qu’un homme de 65 ans souffrant d’excès de poids», poursuit l’orthopédiste.

La prothèse finale

«Lorsque la personne amputée dit : «Voilà ma prothèse», cela démontre qu’elle l’a acceptée. Cela représente normalement le moment idéal d’ajuster la prothèse finale», explique Christian Harz.

En ce qui concerne les prothèses de membre supérieur, on distingue entre les prothèses actives (fonctionnelles) et les prothèses passives (esthétiques). Dans le cas de prothèses exosquelettiques (non intégrées au membre), utilisées pour les extrémités inférieures, elles sont constituées des mêmes éléments: la tige, les éléments dynamiques (pieds, articulation du genou) et d’éléments statiques (pièces d’ajustement).

Phase d’adaptation

Selon Sascha Grebestein, il n’est pas possible de savoir combien de temps il faut en général pour s’habituer à une prothèse. «Cela dépend toujours de la rapidité à laquelle le patient s’adapte au port de la prothèse. En outre, d’autres facteurs, tels que la raison de l’amputation, une maladie, le processus de guérison, peuvent influencer la durée et le processus d’adaptation».

«Un patient qui possède plus d’expérience avec le port de sa prothèse saura mieux juger si tout va bien et détecter les erreurs», affirme Christian Hartz.

Katharina S., utilisatrice chez MyHandicap, a dû, en raison de difficultés avec son assurance-maladie, attendre plus d’un an avant de recevoir sa prothèse de bras. Cependant, elle s’est habituée très rapidement à la porter. «Je suis très fière de ma prothèse», soutient la jeune femme.

Du secteur prothétique, elle souhaiterait des prothèses qui offrent une meilleure mobilité des doigts et des articulations. Entre temps, celles-ci sont déjà sur le marché, comme la main Michelangelo de Otto Bock (disponible depuis fin 2010) ou la main i-LIMB, de Touch Bionics. Reste à voir si Katharina pourra se procurer une telle prothèse, ou encore si son assurance-maladie voudra accepter de la financer.

Texte: MHA
Traduction: MyH - 10/2012
Photos: pixelio.de

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