Inclusion, nouveau concept social?

Comparaison par diagramme (Photo: Wikicommons/WhiteHotaru)
L’inclusion va au-delà de l’intégration. (Photo: Wikicommons/WhiteHotaru)

La loi du plus fort est-elle de rigueur, ou doit-on donner priorité à l’inclusion ? Walter Beutler, auteur et blogueur, nous fait part de ses réflexions.

Le niveau de maturité d’une société se mesure avec la distance parcourue depuis qu’elle a laissé derrière elle la «loi du plus fort». L’attitude envers les plus faibles de la société, tels les enfants, les aînés, les personnes handicapées, en est un indicateur fiable. L’inclusion, c’est-à-dire l’appartenance à la société de personnes qui ne correspondent pas aux normes, telles les personnes handicapées, constitue une étape importante de ce processus de «maturation».  

Finie, l’exclusion?

Il n’y a même pas si longtemps de cela, les personnes handicapées étaient encore exclues de la soi-disant «vie normale». Bien souvent, on le faisait en toute bonne foi. J’en ai moi-même fait l’expérience. En 1959, lors d’un séjour à l’hôpital des enfants de Bâle, j’ai été infecté par le virus de la poliomyélite, ce qui m’a laissé les jambes paralysées. Mon séjour à l’hôpital s’est prolongé jusqu’à l’âge de cinq ans. Au départ, cela était pour des raisons soi-disant médicales.

Par la suite, on a affirmé que l’hôpital m’offrait une assistance optimale, exactement ce dont j’avais supposément besoin. Ma situation imposerait un trop lourd fardeau à ma famille (en plus de mes parents, j’avais trois frères et sœurs plus âgés que moi). Mes parents ont fini par se laisser convaincre du bien-fondé de cette requête. C’était au siècle dernier…

Exclusion au lieu d’intégration

Plus tard, il fut question de l’intégration des personnes handicapées. Toute une industrie d’assistance voyait le jour au nom de l’intégration. Un peu partout, des ateliers d’intégration et des centres éducatifs furent érigés. Cela correspondait sans doute à un réel besoin. Toutefois, l’intégration, au travail ou en résidence, demeurait l’exception. Non seulement l’environnement social n’était pas encore prêt à accueillir en son sein des personnes handicapées, mais les services en matière d’assistance, bénéficiant de généreuses subventions gouvernementales, avaient développé une dynamique particulière, qui souvent allait à l’encontre des besoins d’autonomie des personnes handicapées. Les mauvaises langues évoquaient une industrie de l’exclusion.

Ce n’est que plus tard que le terrain fut prêt pour renouveler ces efforts. Par exemple, en 2004, la Loi sur l’égalité pour les personnes handicapées entrait en vigueur, après avoir fait l’objet de votations à travers le pays.

Il s’agissait du contre-projet du Conseil fédéral, plus modéré que l’initiative populaire « Droits égaux pour les personnes handicapées », qui allait plus loin dans ses revendications pour plus d’égalité et de participation. Entre temps, les personnes non handicapées étaient devenues plus sensibilisées à cette cause. Les personnes handicapées étaient de plus en plus présentes dans les diverses sphères de la société. On les voyait investir la place publique ou encore occuper des postes importants. Elles osaient enfin prendre la place qui leur revenait et revendiquaient plus de reconnaissance.

Système à deux vitesses (Wikicommons/WhiteHotaru)
Système à deux vitesses (Wikicommons/WhiteHotaru)

Système à deux vitesses…

Pourtant, le concept d’intégration se base encore sur un système à deux vitesses: il y a ceux qui n’en font pas (encore) partie, en attente d’être intégrés au sein de la société « normale », qui aujourd’hui a réalisé de grands pas pour favoriser leur intégration. L’objectif de l’intégration consiste à normaliser les conditions de vie des personnes handicapées en leur donnant la possibilité d’effectuer un travail ou une activité professionnelle. Elles devraient aussi disposer du choix d’habiter en résidence ou non.

L’espace public devrait aussi leur être aussi accessible que possible. Parallèlement, la société prend de plus en plus conscience que les personnes handicapées ne le sont pas tant en raison de leur handicap, mais davantage à travers le regard qu’elle porte sur e

...jusqu’à l’inclusion

Le terreau est désormais prêt pour un changement de modèle. Ou s’agit-il plutôt d’une révolution tranquille? Des critères tels que l’intégrité corporelle, l’autonomie dans l’exercice des tâches quotidiennes, un milieu culturel-linguistique particulier ou encore l’origine sociale ne constituent de facteurs déterminant pour mesurer le degré de participation de l’individu. Aujourd’hui, on tient compte davantage de l’individu, de sa personnalité, de ses compétences ainsi que de ses limitations, et de l’enrichissement qu’il représente pour la société.

La diversité contribue à consolider et à enrichir une société. Une personne spéciale ne sera pas exclue pour ensuite, après d’intenses efforts, être réintégrée. Au contraire, elle sera acceptée dès le début et la société se retrouvera enrichie d’une personnalité unique. Voilà ce qu’est l’inclusion. Cela demande du courage, et demeure, aujourd’hui encore, un idéal… Mais l’inclusion est une étape inévitable du développement social. En effet, l’exclusion entraîne un affaiblissement de tout un chacun ainsi que de la société globalement. Tant et aussi longtemps que la société n’inclue pas chacun de ses membres, un énorme potentiel demeure inexploité. Les « exclus » font entièrement partie de notre société, au même titre que n’importe quel autre individu.   

La Convention de l’ONU: un pas dans la bonne direction

A présent, pour être atteint, l’idéal de l’inclusion doit d’abord être mis en application. Un processus long, qui ne peut s’effectuer simplement en donnant l’ordre. L’inclusion doit être réalisée à tous les niveaux, particulièrement dans les points sensibles tels que les établissements scolaires, les lieux de travail, les cinémas, les musées, les différents quartiers et leur administration. L’inclusion ne peut être vécue et transmise que par les individus.

Toutefois, les jalons sociopolitiques doivent être posés dans la bonne direction. La « Convention de l’ONU relative aux droits des personnes handicapées » peut stimuler de processus, car ses revendications vont dans cette même direction : non-discrimination, égalité des chances, participation entière à la société, accessibilité.

En Suisse, la Convention n’a pas encore été ratifiée. Toutefois, le Conseil national a accepté, en juin 2013, de ratifier la Convention par 119 voix contre 68. La Chambre des cantons doit encore donner son accord.

 

Texte: Walter Beutler – 09/2012
Traduction: MyH – 07/2013
Photos: Wikicommons / WhiteHotaru

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